En 2014, Saint-Vincent-de-Mercuze voulait relancer son attractivitĂ© touristique. La via ferrata du Rocher de lâEnvers devait y contribuer. Douze ans plus tard, elle est fermĂ©e. Que sâest-il passĂ© ?
Il y a des équipements dont on parle beaucoup au moment de leur création⊠puis beaucoup moins quelques années plus tard.
La via ferrata du Rocher de lâEnvers, dans le secteur des cascades de lâAlloix, est peut-ĂȘtre de ceux-lĂ .
Son histoire mĂ©rite pourtant quâon sây arrĂȘte.
Car en 2014, la commune de Saint-Vincent-de-Mercuze ne présentait pas cette réalisation comme un simple équipement sportif supplémentaire.
Lâambition Ă©tait clairement touristique.
đïž 2014 : une commune veut relancer son tourisme
Ă lâĂ©poque, la municipalitĂ© de Philippe Baudain cherche Ă redonner de lâattractivitĂ© au village et Ă son environnement naturel.
Le projet de nouvelle via ferrata est notamment portĂ©, au sein de lâĂ©quipe municipale, par Jean-Luc Belleau, alors conseiller municipal.
Dans un article du DauphinĂ© LibĂ©rĂ© publiĂ© le 28 septembre 2014, quelques semaines aprĂšs lâouverture, Jean-Luc Belleau explique :
« Nous souhaitions relancer lâintĂ©rĂȘt de la dynamique touristique qui avait tendance Ă sâĂ©tioler. »
Le message est clair.
La via ferrata doit participer Ă une stratĂ©gie plus large autour du site de lâAlloix.
Le projet est mĂȘme associĂ© Ă la perspective de rĂ©ouvrir le camping municipal afin de renforcer lâoffre touristique locale.
Ă lâĂ©poque, on ne parle donc pas simplement de quelques cĂąbles installĂ©s sur une falaise.
On parle de développement touristique.
đ§ 4 aoĂ»t 2014 : la nouvelle via ferrata ouvre
La nouvelle via ferrata ouvre au public le 4 août 2014.
Et elle possÚde une particularité qui la distingue des équipements traditionnels.
Elle est équipée du systÚme Aéroligne, développé par la société savoyarde Techfun, installée à Sainte-HélÚne-du-Lac.
Le principe est innovant : une ligne de vie continue permet au pratiquant de progresser sans devoir dĂ©crocher et raccrocher successivement ses mousquetons Ă chaque point dâancrage.
Pour Techfun, Saint-Vincent-de-Mercuze devient alors un vĂ©ritable terrain dâexpĂ©rimentation et de dĂ©monstration.
Une petite commune iséroise accueille ainsi une innovation destinée à faire évoluer la pratique de la via ferrata.
đ Un Ă©quipement au cĆur dâun site exceptionnel
La via ferrata du Rocher de lâEnvers bĂ©nĂ©ficie dâun environnement particuliĂšrement attractif.
LâaccĂšs passe par le secteur de lâAlloix et ses cascades.
Le parcours lui-mĂȘme propose plusieurs passages ludiques :
- đ passerelles
- đȘ” poutres et traversĂ©es
- đ§ passages rocheux
- đŠ proximitĂ© du torrent et des cascades
- đł environnement forestier
La difficulté relativement modérée du parcours devait également permettre de toucher un public familial et des pratiquants souhaitant découvrir cette activité.
Bref, tous les ingrédients semblaient réunis pour faire de cet équipement un produit touristique local.
đïž Une vision qui dĂ©passait la seule via ferrata
Câest probablement ce point quâil faut retenir.
En 2014, la municipalité ne semblait pas raisonner équipement par équipement.
LâidĂ©e Ă©tait plutĂŽt de valoriser un ensemble :
đ„Ÿ randonnĂ©e + đ cascades + đ§ via ferrata + đïž camping + đł environnement naturel
Le secteur de lâAlloix pouvait ainsi devenir une vĂ©ritable porte dâentrĂ©e touristique vers Saint-Vincent-de-Mercuze.
CâĂ©tait une vision.
Et cette vision Ă©tait explicitement revendiquĂ©e Ă lâĂ©poque.
đ¶ Combien cela a-t-il coĂ»tĂ© ?
Câest aujourdâhui lâune des questions auxquelles nous aimerions pouvoir rĂ©pondre.
Et pour lâinstant, nous ne disposons pas de suffisamment dâĂ©lĂ©ments publics en ligne pour donner un montant fiable du coĂ»t initial de la rĂ©alisation.
Les anciens comptes rendus des conseils municipaux permettant de retracer les décisions de cette période ne sont plus facilement accessibles en ligne.
Il faudrait donc retrouver les archives municipales, les délibérations, les budgets et éventuellement les dossiers de subvention pour établir :
- đ° le coĂ»t de crĂ©ation de la via ferrata ;
- đïž la part financĂ©e par la commune ;
- đ€ les Ă©ventuelles aides du DĂ©partement, de la RĂ©gion ou dâautres collectivitĂ©s ;
- đ§ les dĂ©penses dâentretien et de maintenance ;
- đ§ les Ă©ventuels travaux rĂ©alisĂ©s depuis 2014 ;
- đ le coĂ»t des opĂ©rations liĂ©es Ă la sĂ©curitĂ©.
Autrement dit : un Ă©quipement touristique a Ă©tĂ© créé avec de lâargent public, mais il reste aujourdâhui Ă reconstituer prĂ©cisĂ©ment son coĂ»t pour la collectivitĂ©.
Et cette information nous paraĂźt importante.
â ïž Puis les difficultĂ©s apparaissent
Lâhistoire ne sâest malheureusement pas dĂ©roulĂ©e comme le laissait espĂ©rer le lancement de 2014.
Au fil des années, différentes périodes de fermeture sont signalées.
Puis arrive une date beaucoup plus précise.
đ 26 novembre 2019
La commune prend lâarrĂȘtĂ© municipal n°165-2019.
La via ferrata doit ĂȘtre fermĂ©e Ă compter du 30 novembre 2019, pour des raisons de sĂ©curitĂ©.
LâarrĂȘtĂ© prĂ©voit une rĂ©ouverture lorsque les conditions nĂ©cessaires Ă la sĂ©curitĂ© seront Ă nouveau rĂ©unies.
Nous sommes alors cinq ans seulement aprĂšs lâinauguration.
đ§ SĂ©curitĂ©, frĂ©quentation, incivilitĂ©s : que sâest-il passĂ© ?
Câest ici que les choses deviennent moins simples Ă reconstituer.
Des pratiquants ont ensuite rapportĂ© des Ă©changes avec la municipalitĂ© faisant Ă©tat de difficultĂ©s liĂ©es Ă la frĂ©quentation du secteur de lâAlloix et aux incivilitĂ©s.
Un témoignage publié en 2021 rapporte notamment que Philippe Baudain, alors maire, aurait évoqué ces problÚmes pour expliquer le maintien de la fermeture.
Mais il faut ĂȘtre prĂ©cis :
LâarrĂȘtĂ© municipal de 2019 invoque officiellement la sĂ©curitĂ©.
Les autres explications proviennent notamment de tĂ©moignages de pratiquants et ne doivent donc pas ĂȘtre prĂ©sentĂ©es comme le contenu officiel dâune dĂ©cision municipale.
Une question reste ainsi posée :
Quelles ont été, année aprÚs année, les raisons exactes du maintien de la fermeture ?
đ°ïž Et aujourdâhui ?
Nous sommes en 2026.
La via ferrata a désormais plus de dix ans.
Et les informations touristiques disponibles continuent de la signaler comme fermée.
Ce qui pose une question assez simple.
Que reste-t-il du projet touristique lancé en 2014 ?
Ă lâĂ©poque, la commune voulait :
« relancer lâintĂ©rĂȘt de la dynamique touristique »
Aujourdâhui, la via ferrata nâest plus vraiment au cĆur de la communication touristique du village.
Le contraste est pour le moins étonnant.
đ„ Et les hommes dans tout cela ?
Il serait facile de faire un raccourci.
En 2014, Philippe Baudain est maire et Jean-Luc Belleau est conseiller municipal dans son équipe.
Le projet de via ferrata est portĂ© dans la municipalitĂ©, avec Belleau particuliĂšrement impliquĂ© dans sa mise en Ćuvre.
Douze ans plus tard, en 2026, la situation politique a changé.
Jean-Luc Belleau sâest prĂ©sentĂ© sur la liste de Muriel Savigny, opposĂ©e Ă Philippe Baudain.
Faut-il y voir la conséquence de désaccords anciens ?
Y a-t-il eu des divergences personnelles ou politiques au cours des années ?
La via ferrata a-t-elle été victime de ces éventuels désaccords ?
Nous ne le savons pas.
Et SVMVillage ne prĂ©tendra pas le savoir sans documents ou tĂ©moignages permettant de lâĂ©tablir.
Mais cette Ă©volution politique constitue nĂ©anmoins un Ă©lĂ©ment de contexte intĂ©ressant dans lâhistoire du projet.
Car entre les hommes qui lâont portĂ© en 2014 et ceux qui se retrouvent aujourdâhui dans des camps politiques diffĂ©rents, le projet touristique, lui, semble avoir progressivement disparu du paysage.
đ€ Un projet abandonnĂ© ou simplement oubliĂ© ?
Câest peut-ĂȘtre finalement la vraie question.
Un projet peut mourir de plusieurs façons.
Il peut ĂȘtre officiellement abandonnĂ©.
Il peut devenir trop coûteux à remettre aux normes.
Il peut se heurter à des problÚmes de sécurité.
Il peut ne plus correspondre aux priorités de la municipalité.
Ou, plus simplement, il peut ĂȘtre progressivement oubliĂ©.
Pour la via ferrata de Saint-Vincent, nous nâavons pas encore trouvĂ© le document qui permet de trancher.
Et câest prĂ©cisĂ©ment pour cette raison que la question mĂ©rite dâĂȘtre posĂ©e.
đ Ce que nous aimerions savoir
SVMVillage ne cherche pas ici Ă refaire le match politique de 2014.
Nous aimerions simplement pouvoir reconstituer lâhistoire de cet Ă©quipement.
Quelques questions trĂšs concrĂštes :
đ¶ Combien a coĂ»tĂ© la crĂ©ation de la via ferrata en 2014 ?
đ€ Quelles subventions ont Ă©tĂ© obtenues ?
đ§ Quels travaux ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s depuis ?
đ° Combien la commune a-t-elle dĂ©pensĂ© pour cet Ă©quipement depuis sa crĂ©ation ?
đ Pour quelles raisons prĂ©cises la via est-elle toujours fermĂ©e ?
đïž Des travaux de remise en Ă©tat ou de sĂ©curisation ont-ils Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©s ?
đ§ Existe-t-il aujourdâhui un projet de rĂ©ouverture ?
đïž Et plus largement, la commune a-t-elle encore une stratĂ©gie touristique autour du secteur de lâAlloix ?
đ De « produit touristique majeur » Ă Ă©quipement fermĂ©
Câest finalement ce contraste qui interpelle.
2014
đïž Une municipalitĂ© veut relancer le tourisme.
đ§ Une nouvelle via ferrata est créée.
âïž Elle accueille une innovation technologique.
đïž Elle sâinscrit dans une rĂ©flexion autour du camping et du site de lâAlloix.
đŁ Elle est prĂ©sentĂ©e comme un Ă©lĂ©ment de la dynamique touristique locale.
2026
đ La via ferrata est fermĂ©e.
â Son coĂ»t global reste Ă documenter.
â Son avenir nâest pas clairement affichĂ© dans la communication touristique accessible.
â Et le projet touristique qui lâaccompagnait semble avoir disparu du dĂ©bat public local.
đĄ Alors, la via ferrata sâest-elle vraiment « perdue en chemin » ?
Câest volontairement la question que nous posons.
Pas une accusation.
Pas un procĂšs dâintention.
Simplement le constat dâun dĂ©calage entre lâambition affichĂ©e en 2014 et la situation constatĂ©e aujourdâhui.
Il y a douze ans, Saint-Vincent-de-Mercuze voulait faire de ses cascades, de son environnement naturel et de sa via ferrata un levier dâattractivitĂ©.
Aujourdâhui, cet Ă©quipement est fermĂ©.
Alors peut-ĂȘtre est-il temps de regarder ce dossier autrement que comme une vieille histoire.
đ§ Parce quâune question demeure :
Quâest devenue lâambition touristique de Saint-Vincent-de-Mercuze autour de lâAlloix ?
Et surtoutâŠ
quel avenir la commune souhaite-t-elle aujourdâhui donner Ă cet Ă©quipement créé il y a plus de dix ans avec lâambition de faire dĂ©couvrir autrement notre village ?
đ Sources
- Le Dauphiné Libéré, 28 septembre 2014, consacré à la nouvelle via ferrata et au systÚme Aéroligne.
- Documentation touristique Alpes IsĂšre.
- Documentation spĂ©cialisĂ©e sur la via ferrata du Rocher de lâEnvers.
- ArrĂȘtĂ© municipal n°165-2019 du 26 novembre 2019.
- Témoignages de pratiquants publiés sur les sites spécialisés.
đ SVMVillage continuera Ă rechercher les documents permettant de complĂ©ter cette histoire, notamment sur le coĂ»t de lâĂ©quipement, son financement, son entretien et les raisons de sa fermeture.
SVMVillage va naturellement poser ces questions à la mairie et demander si, en 2026, un avenir est encore envisagé pour cet équipement.
Nous verrons bien quelles rĂ©ponses pourront ĂȘtre apportĂ©es.
Car au fil de nos publications, plusieurs questions posées à la municipalité sont, elles aussi, restées dans les oubliettes.
Alors, bien sûr, nous allons interroger la mairie.
Mais sans nous faire trop dâillusions sur la probabilitĂ© dâobtenir cette fois toutes les rĂ©ponses. đ
Et si des documents, des informations ou des témoignages permettent de compléter cette histoire, SVMVillage les accueillera volontiers.
Parce qu’au fond, ce dossier mĂ©rite surtout une chose : que l’on sache ce qu’est devenue la via ferrata⊠et pourquoi.


