đ Trois semaines aprĂšs un scrutin qui a dessinĂ© la carte dâun village divisĂ© en deux blocs (54 % pour la majoritĂ©, 46 % pour lâopposition), le premier conseil municipal ordinaire de Saint-Vincent-de-Mercuze sâest tenu le 16 avril dernier.
DerriÚre le vote technique des délibérations de début de mandat, les débats ont offert une parfaite illustration de la thÚse que nous développions récemment dans notre article « Un village, deux voix » : un choc culturel persistant sur la méthode, mais de vraies passerelles sur le fond.
Le décor institutionnel est désormais planté.
Face aux 15 Ă©lus de la liste majoritaire « POUR SAINT VINCENT » menĂ©e par Philippe Baudain, le groupe d’opposition dispose de 4 siĂšges (Muriel Savigny, Thomas Fournier, AurĂ©lie Cochet et MickaĂ«l Robert).
Ce premier rendez-vous de travail a permis dâobserver comment cette cohabitation allait se traduire dans les faits.
Entre mĂ©fiance numĂ©rique et surprises programmatiques, analyse d’un conseil rĂ©vĂ©lateur.
1ïžâŁ La mĂ©thode : la majoritĂ© garde le contrĂŽle, l’opposition demande de l’air
đ CâĂ©tait le premier test de ce mandat : lâadoption du rĂšglement intĂ©rieur.
Sans surprise, câest sur ce terrain que la fracture invisible de la campagne a refait surface.
Les quatre Ă©lus dâopposition ont dĂ©posĂ© un amendement Ă©crit pour assouplir les conditions dâaccĂšs aux dossiers de dĂ©libĂ©ration.
Jugeant le dĂ©lai lĂ©gal actuel trop restrictif (consultation en mairie limitĂ©e aux trois jours prĂ©cĂ©dant la sĂ©ance, uniquement sur les heures dâouverture), ils rĂ©clamaient plus de flexibilitĂ© pour mener Ă bien leur travail dâanalyse.
Une fin de recevoir leur a Ă©tĂ© opposĂ©e par le maire, Philippe Baudain, mettant en avant l’efficacitĂ© des outils de communication modernes.
đ Le rĂšglement a Ă©tĂ© adoptĂ© par 15 voix (lâopposition choisissant lâabstention), sanctuarisant dâentrĂ©e le strict rapport de force mathĂ©matique.
đ„ La guerre de l’image
La dĂ©couverte quâun tiers filmait la sĂ©ance a provoquĂ© lâagacement du Maire, qui a regrettĂ© un manque « de politesse et dâĂ©lĂ©gance » pour ne pas avoir prĂ©venu lâassemblĂ©e.
đ± Un signe que les tensions numĂ©riques de la campagne (notamment sur Facebook) restent dans toutes les tĂȘtes.
đ» La transition numĂ©rique au point mort
InterrogĂ© sur lâattribution dâadresses e-mail professionnelles dĂ©diĂ©es pour chaque conseiller afin de sĂ©curiser et formaliser les Ă©changes, Philippe Baudain a tranchĂ© :
« Nous fonctionnons depuis 31 ans avec nos adresses personnelles. (…) La formalisation Ă outrance ne semble pas souhaitable. »
đ§ On touche ici au cĆur du clivage culturel :
âĄïž dâun cĂŽtĂ©, une opposition qui demande une modernisation et une institutionnalisation des pratiques ;
âĄïž de lâautre, une majoritĂ© qui dĂ©fend une gestion de proximitĂ© traditionnelle, presque patrimoniale, forte de ses 31 ans dâexpĂ©rience.
2ïžâŁ Le coup de théùtre :
Quand la majoritĂ© valide le programme de lâopposition
đ Câest le point le plus saillant de ce conseil, et sans doute le plus ironique sur le plan politique.
Parmi les dossiers Ă l’ordre du jour figurait le lancement d’un audit pour la mise en place d’une mutuelle communale. Pour les observateurs de la campagne, la surprise est de taille :
đ cette mesure Ă©tait l’un des marqueurs forts du programme de… l’opposition !
Comme nous le notions dans notre analyse dĂ©diĂ©e : đ° « Mutuelle communale Ă Saint-Vincent : fausse bonne idĂ©e ou vrai gain de pouvoir d’achat ? »
⊠cette proposition citoyenne avait été portée avec force par les opposants au maire sortant.
đ€ En reprenant cette idĂ©e Ă son compte dĂšs le premier conseil, la majoritĂ© fait preuve dâun pragmatisme politique certain.
Pour lâopposition, c’est une victoire idĂ©ologique incontestable : la preuve que leurs 46 % de voix pĂšsent dĂ©jĂ sur lâaction publique.
âł Reste Ă savoir si la majoritĂ© mĂšnera cet audit Ă son terme avec la mĂȘme conviction, mais le sujet est dĂ©sormais sur les rails.
3ïžâŁ L’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral au-dessus des clivages :
les votes Ă l’unanimitĂ©
đïž Heureusement, la politique locale sait aussi dĂ©passer les postures de blocs.
DĂšs quâil sâest agi de prendre des dĂ©cisions concrĂštes pour le quotidien des Rutissons, le consensus rĂ©publicain a prĂ©valu.
Plusieurs dĂ©libĂ©rations fortes ont ainsi Ă©tĂ© votĂ©es Ă lâunanimitĂ© :
đ¶ Le bouclier fiscal maintenu
Dans un contexte économique pourtant tendu pour les collectivités, le conseil a validé le gel des taux des impÎts locaux pour 2026 :
- Taxe fonciĂšre bĂąti Ă 37,07 %
- Non-bĂąti Ă 72,35 %
đ La culture pour tous
La bibliothĂšque municipale franchit un cap vers la gratuitĂ© totale de ses abonnements, une mesure adossĂ©e Ă la crĂ©ation dâune charte des bĂ©nĂ©voles pour structurer lâaction culturelle.
đ€ž Le soutien au tissu associatif
Des subventions exceptionnelles ont été accordées :
- au Karaté Club du Dauphiné (pour son 45e anniversaire)
- Ă l’association Grappashow
â€ïž SĂ©curitĂ© sociale et solidaritĂ©
Suite Ă la fermeture technique d’un compte de placement par la banque, la commune a dĂ©cidĂ© de sanctuariser l’aide annuelle historique versĂ©e aux Ă©coles et aux aĂźnĂ©s (environ 1 100 âŹ), en choisissant de l’indexer dĂ©sormais sur l’inflation pour garantir sa pĂ©rennitĂ©.
đ§© Enfin, la reprĂ©sentation de l’opposition a Ă©tĂ© actĂ©e sans vagues dans les instances clĂ©s :
- AurĂ©lie Cochet siĂ©gera au Conseil d’Administration du CCAS
- MickaĂ«l Robert sera titulaire Ă la Commission d’Appel d’Offres.
đïž L’Ćil de SVMVillage
Ce premier conseil municipal de travail confirme le diagnostic posé au lendemain des élections.
đłïž Saint-Vincent-de-Mercuze avance bien avec “deux voix”.
La majoritĂ© dispose d’un confort numĂ©rique qui lui permet de verrouiller la mĂ©thode et de prĂ©server ses habitudes de gestion.
Pourtant, le fait que le programme de l’opposition commence dĂ©jĂ Ă s’immiscer dans les dĂ©libĂ©rations prouve que les lignes bougent.
â” Si la majoritĂ© garde le gouvernail, l’opposition a dĂ©montrĂ© qu’elle pouvait ĂȘtre une force de proposition impossible Ă ignorer.
đ€ Un Ă©quilibre subtil qui, s’il survit aux vellĂ©itĂ©s de communication et aux petites phrases, pourrait s’avĂ©rer trĂšs sain pour la dĂ©mocratie de notre village.


